Les soins bucco-dentaires en milieu carcéral restent un sujet peu connu, pourtant crucial. En France, les personnes détenues ont souvent un mauvais état de santé dentaire, résultat de parcours de vie marqués par la précarité, la marginalisation et l’éloignement du système de soins. « Les trois quarts des détenus ont au moins une carie à soigner et un tiers nécessite une ou plusieurs extractions dentaires », rappelle une étude publiée dans Santé publique.
Dans ce contexte difficile, les chirurgiens-dentistes jouent un rôle bien au-delà du simple soin. Ils exercent dans un univers très particulier, entre deux administrations – pénitentiaire et hospitalière – aux logiques souvent opposées. Comme le souligne un coordinateur médical, « il y a des barreaux partout […], c’est quand même plus compliqué que de travailler à l’hôpital ». Les contraintes de sécurité, le manque de moyens et les lourdeurs administratives rendent leur mission encore plus délicate.
Mais leur impact va bien au-delà de la gestion des urgences. En soignant la douleur et en redonnant le sourire, les dentistes participent à la restauration de l’estime de soi, un levier puissant de réinsertion. « Non seulement de se réapproprier le médical, mais au-delà de se réapproprier son corps et l’image de soi, c’est particulièrement vrai pour le dentaire », témoigne un médecin coordinateur.
Pourtant, ces professionnels se sentent souvent isolés, peu valorisés par leurs pairs et parfois incompris. « Quand ils se rendent compte qu’on existe, ils se demandent bien ce qu’on peut faire là-bas », déplore un médecin.
L’étude souligne aussi que les soins dentaires pourraient devenir un pont entre les deux mondes – médical et pénitentiaire. En mettant en place des projets communs autour de l’hygiène, de l’alimentation ou de l’esthétique, les dentistes pourraient contribuer activement à la réinsertion des détenus.
Mais pour cela, il faut lever les obstacles : renforcer les effectifs, encourager la coopération interprofessionnelle et mieux faire connaître cette pratique trop souvent invisibilisée.
Redonner le sourire, en prison, ce n’est pas seulement une question de dents. C’est aussi redonner une chance.