Santé bucco-dentaire en prison : un état alarmant, un enjeu de santé publique


Les prisons françaises abritent une population souvent jeune, mais dont l’état de santé bucco-dentaire est très préoccupant. C’est ce que révèle une étude menée auprès de 120 détenus masculins dans un établissement pénitentiaire en France. Le constat est sans appel : « 93 % des détenus avaient au moins une dent cariée non soignée et 95 % souffraient d’une maladie parodontale ».

Ces chiffres témoignent d’un état de santé dentaire globalement dégradé. Et pourtant, ces hommes sont loin d’être âgés. Le problème vient surtout d’un ensemble de comportements à risque : sédentarité, alimentation déséquilibrée, consommation de drogues, d’alcool et de tabac. Tous ces facteurs, bien connus pour leur effet délétère sur la santé générale, pèsent lourdement sur les dents et les gencives.

L’étude met aussi en lumière un lien étroit entre la consommation de substances psychoactives (médicaments ou drogues) et la dégradation de la santé bucco-dentaire. Ce lien reste encore peu étudié, mais les résultats sont sans équivoque : ces substances aggravent fortement les problèmes dentaires. Les auteurs soulignent d’ailleurs que « l’impact des drogues psychoactives sur la santé bucco-dentaire devrait être pris en considération ».

Un autre point fort de cette recherche : elle compare les primo-délinquants aux récidivistes. Surprise : peu de différences sont observées entre les deux groupes. Cela montre que l’état dentaire dégradé touche tous les profils, dès la première incarcération.

Malgré la mise en place de stratégies de prévention dans les établissements pénitentiaires, « les résultats semblent encore insuffisants ». Il y a donc urgence à repenser les actions de santé publique en prison, en intégrant davantage la prévention, l’éducation à la santé et l’accès effectif aux soins.

Au-delà des chiffres, c’est aussi une question de dignité et de réinsertion. Avoir une bouche saine, c’est pouvoir manger, parler, sourire sans douleur ni honte. C’est aussi une première étape vers une meilleure estime de soi, essentielle pour sortir du cycle de l’exclusion.

https://doi.org/10.1108/ijoph-10-2022-0066


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